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9 questions à : Christophe Arleston
Scénariste de nombreuses séries à succès, auteur démiurge de l’univers
de Troy, rédacteur en chef de Lanfeust Mag, un des (trop) rares
magazines de bandes dessinées à sortir en kiosque, Christophe Arleston
est aussi l’un des membres fondateurs du groupement bande dessinée
du SNAC.
Il a accepté de répondre à nos questions :
1 - Vous avez déclaré « J'ai toujours eu une conscience politique,
aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs. » D’où vous
vient cette conscience politique, et comment s’est-elle traduite
?
Elle vient sans doute d'un environnement familial, tous mes oncles
et tantes étaient des soixante-huitards, et quand j'étais petit je
baignais dans cette ambiance, les longues discussions des grands
que j'écoutais, Charlie Hebdo qui faisait beaucoup pour mon éducation...
A la fin des années 70 j'avais 15 ans, et à mon entrée au lycée je
me suis rapproché de copains qui étaient à la LCR. J'ai milité un
moment, j'y croyais vraiment... et puis le trotskisme c'est comme
les boutons d'acnée, au bout d'un moment ça finit par passer ! J'ai
un souvenir très fort de l'élection de Mitterand, en mai 81: j'avais
collé des affiches, mais je n'ai eu 18 ans qu'en aout: à 4 mois près
je ne pouvais pas voter... En 83, quand le PS a été au plus bas,
j'ai pris ma carte... ca n'a pas duré longtemps ! J'ai été assez
vite écoeuré par les petites gueguerres dans la section. Depuis,
je ne me suis plus encarté nulle part, mais j'essaye d'avoir un quotidien
en cohérence avec ma vision des choses.
2 - Lorsque l’idée d’un syndicat a émergé, vous avez tout de suite
répondu « présent », pourquoi ?
Parce que ça me semblait une évidence ! Mais j'ai tout de suite prévenu
que je ne pourrai pas donner beaucoup de temps, hélas, mais que par
contre je pouvais soutenir financièrement et aussi mettre au service
du syndicat la notoriété que j'avais acquise dans le métier.
3 - Vous aviez déjà participé à une aventure syndicale auparavant
?
Je m'étais inscrit au début des années 90 à l'UPCHIC d'Yvan Delporte,
une organisation belge: il n'y avait alors rien en France. Mais c'était
plus un groupement informel qu'un véritable syndicat.
4 - Comment se traduit votre engagement syndical ?
Principalement comme relais du syndicat auprès de Soleil. Je fais
le médiateur, j'essaye de trouver des solutions avec l'éditeur
lorsque le syndicat est saisi d'un dossier dans lequel Soleil est
en cause. Je me suis également rendu une fois, avec David Chauvel,
à une réunion avec la section BD du SNE, le syndicat des éditeurs.
Je me doutais qu'il y allait avoir du boulot avant de les faire
bouger, mais pas à ce point... J'ai été assez déçu de voir que
malgré deux ou trois jolies phrases, le SNE refusait en réalité
toute forme de communication. Tant pis, s'ils refusent de prendre
en compte les réalités d'aujourd'hui, ça risque fort de leur revenir
comme un boomerang en pleine figure et ils se retrouveront un jour
largués et désemparés, comme les majors du disque qui se croyaient
invulnérables il y a dix ans.
5 - Vous êtes l’un des piliers de l’atelier Gottferdom. Cet atelier,
c’est aussi une façon d’accueillir et d’aider de jeunes auteurs,
non ?
Oui, tout à fait, mon action d'aujourd'hui est dans le concret. A
travers l'atelier et le journal, je fais tout pour mettre en place
des structures qui permettent à de jeunes auteurs de se développer.
Il y a un turn-over régulier à l'atelier, les portes sont toujours
ouvertes et ça se sait, beaucoup viennent s'installer sur un coin
de table. Ici chacun met ce qu'il peut pour le loyer, en fonction
de son revenu: ça va de zéro à... moi qui complète tout ce qui manque
! Il y a une chambre et une salle de bains: certains viennent s'installer
quelques jours ou quelques semaines.
6 - Alors que la loi Hadopi vient d’être votée à l’Assemblée nationale,
que pensez-vous du téléchargement illégal de bandes dessinées ?
Je ne suis pas encore très inquiet sur le sujet, c'est plus un problème
qui se posera dans deux ou trois ans, quand les formes de lecture
numérique auront évolué vers des solutions vraiment intéressantes.
Mais sur le fond, bien sûr, ce n'est qu'un nouveau mode de diffusion,
il faudra mettre en place les systèmes de protection et de rémunération
des auteurs adequats. Et pour moi, ce n'est pas du tout le cas de
la loi Hadopi. Je sais que ce n'est pas la position globale du Snac,
mais cette loi est une totale absurdité. Elle a principalement été
conçue pour défendre les majors de musique et de vidéo qui, après
s'être bouchés les yeux pendant des années, s'apperçoivent aujourd'hui
qu'ils sont dépassés et ne maîtrisent plus rien. Ils font donc mettre
en place une disposition techniquement absurde, qui n'empêchera guère
le piratage, qui ne gênera que les gens honnêtes et qui risque, si
elle est réellement appliquée, de paralyser une bonne partie de l'économie
! De plus cette loi évite soigneusement le sujet de la responsabilité
des fournisseurs d'accès, qui sont pourtant financièrement les grands
gagnants du système actuel. En réalité, la meilleure façon de lutter
contre le piratage, c'est de mettre en place une offre légale à des
tarifs raisonnables. Il y aura toujours une marge de piratage, comme
il y a toujours des vols dans les librairies, mais pas au point de
mettre en danger le système.
7 - Pensez-vous que le livre papier est amené à disparaître ?
Bien sûr que non. L'arrivée du cinéma n'a pas tué le théâtre. La
télé n'a pas tué le cinéma. La vidéo n'a pas tué la télé. Le net
n'a pas tué la vidéo... Il y a juste un effet de bascule: une grande
partie de la culture populaire va vers le nouveau support, et l'ancien
devient plus pointu. La BD numérique a de bonnes chances de s'imposer
comme un grand support de diffusion populaire, et les tirages papier
vont baisser, mais certainement pas au point de disparaître. Par
contre l'album deviendra peut-être plus un objet de luxe que de
consommation courante.
8 - L’édition numérique va-t-elle bouleverser le rapport entre les
éditeurs et les auteurs ?
Certainement, exactement comme c'est le cas dans la musique. Il est
finalement assez simple et peu coûteux d'opérer soi-même une diffusion
numérique: le jour où ce marché sera réellement développé, beaucoup
d'auteurs vont se poser la question. Est-il vraiment nécessaire de
se lier à un éditeur qui demande souvent à ce qu'on lui cède tous
les droits, pour pas grand chose en échange ? Comme je le disais,
les éditeurs semblent ne pas l'avoir encore réalisé, mais ils devraient
réfléchir à l'évolution de leur métier. Il y a toujours eu, il y
aura toujours, dans toutes les civilisations, un public qui a envie
qu'on lui raconte des histoires. Il y a toujours eu, il y aura toujours,
des auteurs pour le faire. Par contre, l'intermédiaire, qui aujourd'hui
s'est arrogé un immense pouvoir car il détient la clef de l'outil
d'impression et de diffusion, est lui en situation de plus en plus
précaire. Ert je crois que la plupart des grands éditeurs ne l'ont
pas réalisé. Le net ouvre la porte à l'auto-diffusion sans peine
et sans frais. L'avenir n'est plus aux maisons d'édition, mais aux
boîtes de production. Bien sûr, tout ça ne va pas se passer dans
les trois mois à venir, mais la situation de l'édition dans dix ans
risque d'être très différente de celle d'aujourd'hui.
9 - Pour vous, comment l’auteur doit-il faire face à cette nouvelle
donne, financièrement et artistiquement ?
Essayer de se battre pour conserver au maximum tous ses droits dérivés,
audio-visuels et autres ! Après tout, nous vendons à un éditeur le
droit d'imprimer et de vendre nos bouquins en prenant sa part. Selon
quelle logique devrait-on lui céder tout le reste ? D'autant que
neuf fois sur dix, il ne cherche rien à en faire. Mais comme je le
disais, si l'action syndicale ne s'avère pas efficace à ce niveau,
de toute façon la réalité du marché et des évolutions techniques
va mettre les éditeurs qui manquent de souplesse dans une impasse.
L'auto-production était jusqu'ici une absurdité car elle se heurtait
toujours au mur de la diffusion: le numérique va inaugurer une nouvelle
ère.
jeudi, 9 avril 2009
9 questions à : Etienne Davodeau

1-Pourquoi avoir rejoint le groupement des auteurs de bande dessinée
?
Parce qu'il me semble que nous n'avions jusque là qu'un poids négligeable
vis-à-vis de nos éditeurs, qui, eux, se sont déjà rassemblés au sein
d'une structure collective spécifique. Il est donc naturel que les
auteurs en fassent autant. Il ne s'agit pas d'installer une configuration
conflictuelle mais au contraire de pouvoir instaurer un dialogue
constructif sur des sujets où nous avons intérêt à nous concerter,
comme le livre numérique, par exemple. Même si je ne suis pas un
membre très actif, je suis sûr d'une chose: plus ce groupe sera représentatif,
plus sa légitimité sera forte lorsqu'il faudra monter au front au
côté d'un auteur en difficulté. Je dis donc à mes confrères: adhérez!
2-Votre œuvre s’inscrit dans une veine sociale, en prise directe
avec le monde réel et actuel. Votre engagement syndical semble en
découler naturellement. Est-ce le cas ?
Je ne sais pas. Mais je ne crois pas dans un monde meilleur qui nous
attendrait après notre mort, ni à un hasard heureux qui réglerait
soudain tous les problèmes des êtres humains en général et des auteurs
de bande dessinée en particulier. En attendant les asticots, j'ai
donc envie de m'intéresser aux événements d' ici et maintenant. Ce
sont les seuls sur lesquelles ont peut exercer notre droit à l'action.
Par action, j'entends aussi le fait de les raconter.
3- Après (pendant ?)la réalisation de Chute de vélo chez Aire libre,
vous vous êtes retrouvés en pleine « affaire Dupuis ». Est-ce que
cela a motivé votre engagement ?
Bien sûr. Cette affaire a eu -malheureusement- des vertus pédagogiques.
Beaucoup d'auteurs ont appris à cette occasion que "leurs" maisons
d'édition pouvaient parfois subir la rapacité d'actionnaires qui
se foutent absolument des livres publiés. Longtemps, la bande dessinée
a eu, du point de vue strictement financier, la valeur d'un pet de
mouche. Les auteurs, et peut-être les éditeurs, souffraient sans
doute de cette indifférence mais elle leur garantissait une sorte
de liberté, qui est désormais menacée. Je ne sais pas si les auteurs
pourront faire grand chose pour se protéger de ces grandes manœuvres.
Mais le minimum est d'essayer.
4-Vous avez brièvement occupé le poste de directeur de collection
chez Delcourt. C’est si difficile que ça d’être de l’autre côté de
la barrière?
Brièvement oui. Justement parce que je n'étais pas vraiment
de l'autre côté de la barrière. Je n'avais pas vraiment les coudées
franches. Guy Delcourt et moi n'avons jamais su nous accorder sur
le type de récits que nous cherchions. Alors, j'ai préféré revenir
à mes livres à moi, qui suffisent largement à occuper mes journées.
5-Ressentez-vous une évolution du statut d’auteur de bande dessinée
depuis vos débuts ?
Oui. Nous passons d'un statut précaire à un statut hyper-précaire.
Il me semble que les prix de planches ne montent guère. Et pire,
le principe du forfait, d'abord conçu pour les livres à haute pagination,
es en train de se généraliser doucement, y compris vers des projets
très "mainstream", rendant de plus en plus difficile de "vivre
de la bande dessinée".
6- Comment envisagez-vous l’avenir de l’auteur de bande dessinée
?
D'un point de vue financier, ce sera toujours difficile. D'un point
de vue artistique, nous vivons une époque extrêmement stimulante.
La bande dessinée, et sa perception dans le grand public, évoluent
très vite.
7- Craignez-vous l’arrivée de l’édition numérique ?
Je crains surtout le manque d'anticipation des acteurs du monde éditorial.
Je sais qu'un groupe au sein du syndicat abat un gros travail de
défrichage sur ce thème . Aux dernières nouvelles, nos amis éditeurs
n'ont pas l'air très pressés d'aborder le sujet avec eux. C'est dommage.
Nous aurions bien besoin d'accorder nos violons face à de redoutables
acteurs qui vont entrer dans la danse: les fournisseurs d'accès qui
auront bientôt un pouvoir qu'on n'imagine pas encore.
8- Que vous inspirent les récentes attaques contre le prix unique
du livre (loi Lang) ?
Elles sont symptomatiques de la dérégulation "décomplexée" qui
fait rage en ce moment. La loi Lang joue un rôle fondamental dans
la diversité éditoriale qui fait la force et la richesse de la bande
dessinée française. Et elle permet l'existence des librairies indépendantes,
qui ont un vrai rôle prescripteur.
Effacez ou affaiblissez cette loi, et en quelques années, vous n'aurez
plus que les grandes surfaces pour acheter vos livres. Et vous devrez
chercher très très longtemps pour trouver le formidable petit bouquin
hors normes d'un éditeur indépendant et radical. Par contre, les
grosses séries familiales seront sur palettes juste avant les caisses.
La bande dessinée en sera forcément changée.
9- Vous êtes le représentant notoire du reportage en bande dessinée.
À quand une enquête sur la condition des auteurs de bande dessinée
?
Ha ha. Mon problème est que je ne suis moi-même pas très au clair
sur ma façon de concevoir "la condition d'auteur de bande dessinée".
Et, pour être franc, je redoute un peu une professionnalisation de
notre statut, qui ferait surtout de nous des techniciens insérés
au sein d'une chaîne de production. Je croise parfois des confrères
qui s'inscrivent d'eux même dans cette démarche, et qui s'y sentent
bien, puisque , en général, ils en retirent des revenus plus élevés
que la moyenne d'entre nous.
Je sais bien que, de toute façon, on fait partie de ce système économique,
et qu'il permet à pas mal d'entre nous de vivre -plus ou moins bien-
de leur art.
La question des tiraillements contradictoires entre la nécessité
de gagner sa vie et celle de rester exigeant et intègre dans sa pratique
artistique... voilà une question qui m'intéresse, et qui exige une
vigilance permanente.
Autrement dit, le sujet à explorer serait la tension qui existe entre
le mot "métier" et le mot "auteur".
Vous connaissez un éditeur intéressé ?
lundi, 26 janvier 2009
9 Questions à : Dupuy & Berberian

Les présidents du Festival International de la bande dessinée 2008
sont les auteurs des désormais célèbres Henriette et Monsieur Jean.
Leur travail d’auteurs et d’illustrateurs est reconnu internationalement.
Comme ce sont des gens de goût et de conviction, ils comptent également
parmi les adhérents du groupement bande dessinée du SNAC.
Charles Berberian a bien voulu répondre à nos questions.
1- Pourquoi avoir rejoint le groupement des auteurs de bande dessinée
?
Je pense qu'un groupement comme celui-ci est très important. La bande
dessinée est très en retard sur ce plan par rapport à la musique,
l'illustration ou le cinéma. Il était temps de rattraper ce retard.
2- Vous êtes également membre de l’association « Le crayon ». Pouvez-vous
nous parlez de cette association qui réunit, entre autres, André
Juillard, Jacques de Loustal, Ted Benoit et Lorenzo Mattoti ?
C'est principalement une réunion d'amis. Les occasions de se voir
en dehors des vernissages, festivals et mondanités sont rares. Avril
et Götting se sont dit qu'une sorte de club multiplierait ces occasions.
3- Après quelques tentatives avortées, le XXIème siècle voit enfin
les auteurs de bandes dessinées, les illustrateurs, les coloristes,
se fédérer au sein d’associations ou de syndicats. Était-ce trop
tôt avant ?
Ah ben, j'ai répondu à cette question. Bon, alors je vais développer
un peu. Je crois que l'absence d'une telle représentation pouvait
conforter certains éditeurs à se croire toujours dans une relation
paternaliste ou bienveillante avec des auteurs supposés post-adolescents
ou vaguement autistes.
4- Après votre départ des Humanoïdes associés, Vous vous êtes retrouvés
en pleine « affaire Dupuis ». Est-ce que cela a motivé votre engagement
?
Bien sûr.
5- Votre dernier album à ce jour, Bienvenue à Boboland, refléte un
état d’esprit plus critique, plus mordant, au moment même de votre
engagement syndical. Est-ce un hasard ?
L'époque est plus dure, non ? L'humour et l'engagement syndical sont
assez complémentaires pour y faire face.
6- Ressentez-vous une évolution du statut d’auteur de bande dessinée
depuis vos débuts?
Dans l'ensemble, le métier a dérivé d'un statut et une activité de
journaliste vers un statut et une activité d'auteur. Avant, on travaillait
pour les journaux et on publiait éventuellement des livres. Aujourd'hui,
c'est plutôt le contraire.
Autrement, je considère qu'il n'y a jamais eu autant de bons livres
et de bons auteurs.
7- Comment envisagez-vous l’avenir de l’auteur de bande dessinée
?
Chargé.
8- Craignez-vous l’arrivée de l’édition numérique ?
Il vaut mieux craindre d'abord le manque d'inspiration.
9- Que vous inspirent les récentes attaques contre le prix unique
du livre (loi Lang) ?
Personne n'aime la culture à part ceux qui la pratiquent. Ceux qui
s'attaquent à la loi Lang n'aiment pas la culture.
9 Questions à : Lewis Trondheim

Membre fondateur de l’Association et de l’OUBAPO, auteur prolixe,
grand prix de la ville d’Angoulème 2006, directeur de collection,
Lewis Trondheim est également membre bienfaiteur du groupement
bande dessinée du SNAC.
Il a bien voulu répondre à nos questions.
1- Pourquoi avoir rejoint le groupement des auteurs de bande dessinée
?
Parce que j'ai toujours appris qu'on est plus fort à plusieurs que
seul. Et comme il y a de nombreux points sur lesquels les auteurs
doivent se battre pour défendre leurs droits, ça m'a paru naturel.
2- Avec l’Association, vous avez révolutionné le monde de l’édition
de bande dessinée. Votre engagement syndical découle-t-il de ce désir
d’envisager la bande dessinée autrement ?
Non. C'est plus une vision de citoyen, acteur dans le monde où il
vit. Faire de la bande dessinée c'est être tourné sur soi-même, l'activité
syndicale est tournée vers les autres. Ça permet de remettre notre
métier en perspective, de ne pas se cantonner au rôle du gentil auteur
benêt dans lequel les éditeurs préfèreraient que nous restions.
3-Pendant votre présidence du FIBD, vous avez attaqué le principal
sponsor de l’époque à propos du prix unique du livre. Manifestement
vos craintes étaient légitimes avec les attaques de cet été…
Je dois
dire à ce sujet que j'ai été très étonné de ne pas voir beaucoup
d'auteurs monter aux créneaux derrière moi sur ce sujet. Comme si
le prix unique du livre était acquis à jamais. Et comme si ça ne
posait pas de problème d'avoir un sponsor qui ne rêvait que de le
supprimer.
4-Vous avez travaillé avec plusieurs éditeurs, grands ou petits,
indépendants ou appartenant à de grands groupes multimédias. Quels
sentiments en retirez-vous ?
Que sans éditeurs, les auteurs s'en sortiraient, mais pas l'inverse.
5-Vous êtes également directeur de collection (Shampoing chez Delcourt).
Est-ce facile d’avoir la triple casquette Auteur/éditeur/syndicaliste
?
Bien sûr que non. Mais lorsque Guy Delcourt m'a dit, après avoir
signé le contrat nous liant, que j'étais désormais du côté de l'éditeur,
je lui ai répondu que je serai toujours du côté des auteurs, que
je préfèrerais me fâcher avec lui qu'avec mes copains.
6- Ressentez-vous une évolution du statut d’auteur de bande dessinée
depuis vos débuts?
Non. Je sens une évolution sur ma propre carrière, mais pas sur le
statut d'auteur en général. Je perçois une légère crispation de la
part des éditeurs maintenant que le syndicat fait ses preuves, mais
nous ne devons pas prendre les éditeurs comme nos ennemis, mais comme
des partenaires. Les contrats que nous signons avec eux ne sont pas
celui d'un employé à un employeur, mais d'égal à égal. Et par rapport
aux institutions, ça va être aussi un gros boulot.
7- Comment envisagez-vous l’avenir de l’auteur de bande dessinée
?
De plus en plus comme une auto-entreprise.
8-Vous vous frottez au numérique, notamment avec votre blog comme
support de prépublication. Considérez-vous l’auto-édition numérique
comme l’avenir des auteurs de bande dessinée ?
Je vais vous résumer ma pensée. Un jour, il y a quelques siècle un
hollandais à proposé à un auteur de le publier (à l'époque, les auteurs
s'auto-publiaient). Le métier d'éditeur était né. Les libraires se
font désormais dépasser par les FNAC VIRGIN. Eux-même vont devoir
muter en Fnac.com pour éviter d'être bouffés par les Amazon.com et
compagnie. Le jour où le premier éditeur décidera de vendre lui-même
ses livres sur internet, les autres emboiteront le pas. Le livre
continuera d'exister, mais le support numérique deviendra prépondérant.
À partir de là, pourquoi un auteur ne pourrait-il pas se reprendre
en charge lui-même via des blogs ou des publications numériques payantes
qu'il pourra lui-même gérer plutôt que de passer par des intermédiaires.
Je le dis depuis des années, ce qui vaut le plus cher sur cette planète,
ce ne sont pas les diamants ou l'or noir mais la matière grise. Les
idées valent une fortune. Aux auteurs d'en prendre conscience.
9- Pendant une dizaine d’année, vous avez sorti en tant qu’auteur
ou scénariste plusieurs albums par an. Quel regard portez-vous sur
la surproduction ?
Il n'y a pas d'album maudit. Un bon album qui doit rencontrer un
large public le rencontrera. Regardez Persépolis. Regardez L'affaire
Corse, regardez le Chat du rabbin (à l'époque, Guy Vidal, Bacchus
le bénisse, avait publié ce livre pour faire plaisir à Joann Sfar),
regardez Chroniques Birmanes ou 3 ombres pour parler de Shampooing.
Après ça, oui, il y a aussi de très bons albums qui se vendent peu.
J'aimerais voir Blutch vendu à 100 000 exemplaires, mais son travail
aussi formidable, défricheur, drôle et pointu soit-il ne pourra malheureusement
pas atteindre un grand public. Comme pour Herriman et plein d'autres.
Il n'y a jamais eu autant d'albums publiés, ni autant de bons albums
publiés. L'âge d'or a commencé il y a quelques années (même s'il
n'y a jamais eu autant de mauvais albums publiés également). Evidemment,
il y aura une régulation naturelle du marché. Et de nombreux auteurs
de toutes sortes risquent d'en payer le prix. Mais qui a dit que
le monde était juste ? Alors soyons là avec le syndicat pour réduire
les fractures.
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Les
membres fondateurs :
Alfred
Christophe Arleston
Virginie Augustin
Alain Ayroles
Joseph Béhé
Denis Bajram
Valérie Mangin
David Chauvel
Franck Giroud
Richard Guerineau
Cyril Pedrosa
Lewis Trondheim
Fabien Vehlmann. |
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Le
comité de
pilotage :
David Chauvel
Cyril Pedrosa
Christian Lerolle
Fabien Vehlmann
Virginie Augustin
Michael Le galli
Jean-Philippe Peyraud
Kris
Sylvain Ricard
Hubert
Julien Blondel
Virginie Greiner
Olivier Jouvray
Efix
Sébastien Cosset-Kerascoët |
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Le
conseil syndical :
Fabien Vehlmann
Virginie Augustin
Jean-Philippe Peyraud
Sylvain Ricard
Hubert
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